La Fondation Rivières plonge dans le dossier de la centrale de Sainte-Brigitte-des-Saults

Gérard
Gérard Martin
Envoyer à un ami

Envoyer cet article à un ami.

Le citoyen Lampron n'est plus seul à demander des comptes

Le citoyen Jacques-Laurent Lampron n'est plus seul à demander des comptes quant au futur de la Centrale hydroélectrique de Sainte-Brigitte-des-Saults puisque l'on apprend que la Fondation Rivières s'intéresse activement au dossier et a même entrepris d'interpeler des membres du gouvernement Marois sur la question, dont le ministre Yves-François Blanchet.

La Fondation Rivières s'intéresse de façon très sérieuse au dossier de la Centrale hydroélectrique de Sainte-Brigitte-des-Saults dont le contrat avec Hydro-Québec arrive bientôt à échéance.(Photo : Ghyslain Bergeron)

 

 

Si le citoyen Lampron a échoué en Cour supérieure dans sa tentative, entre autres, d'obtenir le démantèlement dudit barrage et de la centrale érigés sur la rivière Nicolet Sud-Ouest, tout en ayant préservé cependant son droit d'aller en appel de ce jugement, et a fait chou blanc dans des demandes d'appui auprès du conseil municipal de Sainte-Brigitte-des-Saults, voilà que l'arrivée de la Fondation Rivières dans le décor a pour effet d'amener le dossier sur la scène politique québécoise.

Reconduction du contrat d'achat

L'intervention de la Fondation Rivières, organisme à but non lucratif dont la mission est d'œuvrer à la préservation, à la restauration et à la mise en valeur du caractère naturel des rivières, arrive au moment où Hydro-Québec s'apprête, en février 2014, à procéder à la reconduction du contrat d'achat d'électricité de la société Algonquin Power Fund pour une période de 20 ans.

Or, la Fondation Rivières demande à la fois au gouvernement québécois et à Hydro-Québec de faire en sorte de forcer la compagnie ontarienne à apporter d'abord les correctifs aux installations de Sainte-Brigitte-des-Saults et de reconsidérer, s'il y a lieu ensuite, la durée et les conditions de la nouvelle entente, puisque, somme toute, le Québec n'y trouverait pas son compte.

Dans une lettre datée du 6 décembre dernier adressée à Yves-François Blanchet, ministre du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP), le président de la Fondation Rivières, Alain Saladzius, soumettait à l'attention de son correspondant les irrégularités identifiées par la «Commission d'enquête sur la politique d'achat par Hydro-Québec d'électricité auprès de producteurs privés» lors de l'autorisation de construction émise au promoteur par le ministère que dirige aujourd'hui M. Blanchet.

«Nous considérons que les conditions n'ont pas été respectées et que l'autorisation donnée devrait être révoquée ou les travaux correctifs exécutés ou les conditions d'exploitation respectées avant toute reconduction du bail au propriétaire, la société Algonquin Power Fund (Canada) inc. de Toronto», écrit d'abord l'ingénieur Saladzius dans sa lettre dont L'Express a obtenu copie.

Parmi les éléments soulevés par la Commission s'adressant à Hydro P-1, propriétaire à l'époque des installations de Sainte-Brigitte-des-Saults, il est fait mention, entre autres, de l'absence d'une passe migratoire et de la construction de façon illégale d'un batardeau.

La lettre de M. Saladzius au ministre Blanchet fait état également de l'absence d'un débit réservé adéquat ne respectant pas, selon l'organisme, des conditions hydrauliques minimales, occasionnant ainsi la perte d'un attrait touristique pour la région et une perte pour l'écosystème aquatique.

Celui-ci mentionne d'ailleurs qu'une partie de la rivière est complètement asséchée durant une bonne partie de l'année.

Bien sûr, la Fondation Rivières n'est pas sans parler des victimes d'inondations «à répétition» du rang Sainte-Anne depuis la mise en place du barrage en 1994.

«Bien que le promoteur ait dû dédommager certains d'entre eux, il nous apparaît inacceptable qu'Hydro-Québec reconduise le contrat d'achat sans que les conditions soient respectées tel que prévu et exigé dans ledit contrat», réitère Alain Saladzius au ministre Yves-François Blanchet, qui est également responsable de la région Centre-du-Québec.

Aspect financier

Dans sa lettre, la Fondation Rivières effleure aussi l'aspect financier du dossier.

«Nous évaluons que pour cette seule centrale d'une puissance installée de 4,5 MW, soit l'équivalent de trois éoliennes en énergie, Algonquin Power Fund encaisse actuellement des revenus de l'ordre de 1,6 million $ annuellement au prix d'achat par Hydro-Québec d'environ 8,1 cents/kWh. Hydro peine à exporter ses surplus au prix de 4 cents/kWh. Nous évaluons donc qu'Hydro-Québec Production perd ainsi environ 0,8 M$ par année. Les pertes sont plus considérables si on comptabilise les autres frais indirects assumés par Hydro», expose M. Saladzius.

Ouvrons une parenthèse pour dire que l'organisme se propose d'acheminer au président d'Hydro-Québec un tableau plus détaillée des pertes encourues par la société d'État avec cette seule centrale.

En guise de conclusion, Alain Saladzius, tout en réclamant le respect des exigences environnementales de ce site, exige du MDDEFP de voir à ce que les conditions de reconduction de ce contrat d'achat fassent l'objet d'une analyse rigoureuse.

Le président de Fondation Rivières y va d'une dernière suggestion au ministre Yves-François Blanchet: «Enfin, comme les droits hydrauliques de ce site sont privés, il pourrait être fort avantageux qu'ils soient acquis par le gouvernement, comme ce fut réalisé avec succès dans le dossier du projet de centrale sur la rivière Trois-Pistoles.»

Des copies conformes de la lettre adressée au ministre du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs ont été envoyées à la première ministre, Pauline Marois, ainsi qu'aux ministres Martine Ouellet et Nicolas Marceau, sans oublier le député caquiste de la circonscription de Drummond/Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, et au président-directeur général d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, le tout accompagné de quelques extraits du rapport de la Commission d'enquête, d'une revue de presse et de photos des installations existantes.

Dans un prochain texte, L'Express traitera du contenu plus spécifique d'une lettre expédiée par l'organisme à la ministre des Ressources naturelles et au pdg d'Hydro-Québec.

Organisations: Fondation Rivières, Hydro-Québec, Algonquin Power Fund Cour supérieure Parcs MDDEFP Commission d'enquête sur la politique d'achat par Hydro-Québec d'électricité Canada Ressources naturelles

Lieux géographiques: Sainte-Brigitte-des-Saults, Rivière Nicolet Sud-Ouest, Québec Toronto Hydro Rang Sainte-Anne Région Centre-du-Québec Rivière Trois-Pistoles Drummond

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Merci d'avoir voté

Haut de page

Commentaires

Commentaires