Le milieu de la mode vu par quatre mannequins

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Cynthia Giguere-Martel
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La sortie du documentaire «Girl model» fait beaucoup jaser depuis quelques semaines. Le film montre une image plutôt négative du monde de la mode. Les problèmes sérieux et récurrents que l’on retrouve dans cet univers y sont dénoncés, tels que l’exploitation des jeunes filles de moins de 16 ans, les abus sexuels, l’extrême maigreur et les promesses d’argent déguisées. Quatre modèles professionnels de l’agence EMA ont accepté de se livrer sur les aspects de leur profession tout en démystifiant cet univers.

Afin de diminuer les pressions que vivent plusieurs filles et femmes quant aux idéaux de beauté basés sur la minceur extrême, plusieurs dizaines d’acteurs de l’industrie de la mode, des médias et de la publicité ont signé, depuis 2009, la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée.

Selon le documentaire, beaucoup trop de jeunes filles sont recrutées et laissées à elles-mêmes dans des pays souvent inconnus d’Europe ou d’Asie. Là-bas, elles doivent devenir des standards de beauté sous des pressions horribles alors qu’à la base, elles avaient en estime ce métier très glamour.

«En Asie, les jeunes filles vont vers la prostitution ou bien la mode pour pouvoir rapporter des sous à leur famille», indique le Drummondvillois d’adoption Robert Mijatovic, qui a été témoin de tristes situations lors de ses voyages à l’étranger. «Malheureusement, avec tous les abus qu’elles subissent, c’est quasiment de la prostitution. Puisqu’elles ne sont pas assez matures pour accepter les critiques, plusieurs d’entre elles vont faire des sacrifices, par exemple, ne pas manger, et accepter des avances de certaines personnes pour arriver à décrocher un contrat.»

Attristée par ces dures réalités, la mannequin québécoise Rachel Blais, qui figure parmi une des scènes du film, songe à lancer une pétition afin que l'âge minimum pour devenir mannequin soit de 18 ans.

Les quatre modèles rencontrés tout juste avant le grand défilé d’EMA, qui avait lieu le 22 avril dernier, au Best Western Hôtel Universel, ont affirmé sans hésitation qu’un âge minimum devrait être établi.

«Les mannequins sont souvent appelés à voyager seuls et ça, c’est très difficile. Dans certains pays, ils ont donc accès à certains endroits où ils peuvent se faire offrir à peu près n’importe quoi. Il faut donc avoir une bonne tête sur les épaules et une très grande maturité», explique Francis Cadieux, qui est originaire de Trois-Rivières.

«Au moment où les agences recrutent des adolescentes, leur corps n’est pas tout à fait formé. Au fur et à mesure que ces filles vieillissent, elles trouvent ça difficile, car elles ne correspondent plus au standard. Elles sont donc plus vulnérables à développer un trouble alimentaire», commente la mannequin et nutritionniste Laurence Gauvin.

Quant aux quatre mannequins d’EMA, leur réalité et leurs conditions de travail sont heureusement plus humaines.

«Jusqu’à maintenant, je n’ai vécu aucune pression des agences. J’ai des recommandations, mais je suis libre de les suivre ou pas», souligne Marianne Chalifour, qui a tenu à dire qu’elle a toujours été bien encadrée par l’agence EMA.

Un métier exigeant

Le métier de mannequin ne se limite pas aux défilés et aux séances photos. Ça peut parfois être très difficile et exigeant.

Selon M. Cadieux, le mot d’ordre est d’être patient.

«Il ne faut pas seulement accepter les contrats intéressants et très onéreux. Souvent, ce sont les petits contrats qui vont te mener loin», suggère-t-il.

Une bonne santé est davantage un critère primordial qu’un corps mince et bien fait.

«Ce que l’on voit dans les magazines ou les défilés, c’est exagéré. Il y a beaucoup trop de filles décharnées. C’est tellement plus important d’avoir une bonne forme physique pour survivre au rythme de vie que nous avons. Cependant, je tiens à dire que nous nous entraînons comme toute autre personne, soit une heure par jour à raison de trois jours par semaine», confie la conseillère chez Desjardins Mme Chalifour.

«De plus en plus, les agences recrutent des filles génétiquement minces et je trouve ça bien», se dit d’avis Mme Gauvin qui est mannequin depuis l’âge de 18 ans.

Selon cette dernière, la personnalité est une autre qualité importante

«Le fameux mythe qu’il faut être belle pour être mannequin, c’est faux. Souvent, celles qui vont loin n’ont pas nécessairement une beauté typique», soutient-elle, en ajoutant que le fait que les mannequins gagnent des millions de dollars est également un mythe.

Enfin, le succès d’un mannequin dépend de différents facteurs, dont la maturité, la discipline et le professionnalisme. Des qualités indispensables pour se démarquer dans un monde où n’importe qui est remplaçable…

Organisations: EMA, Desjardins

Lieux géographiques: Asie, Europe, Trois-Rivières

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